INTERDIRE L’ÉCRITURE INCLUSIVE DANS LES ACTES ADMINISTRATIFS ET JURIDIQUES

Donc, des sénateurs et sénatrices proposent une loi visant à interdire l’écriture inclusive. Leur exposé des motifs est disponible ici. Examinons-le ensemble méthodiquement.

EXPOSÉ DES MOTIFS

Les méthodes

Tout d’abord, l’exposé des motifs dresse une liste de trois méthodes d’écriture inclusive : doublet, point médian, épicène. À mon sens c’est un peu court, mais je ne me lancerai pas ici dans une tirade sur l’ampleur de la palette et la richesse de la langue française.

Les qualificatifs utilisés cherchent à ridiculiser le procédé et relèvent de la caricature. Ainsi la double flexion serait « un bégaiement inclusif ». De plus, l’exemple d’épicène, « les gens », n’en est pas un. Un mot est épicène s’il garde la même forme au masculin et au féminin. Les gens n’a pas un masculin et un féminin. À mon sens, c’est un collectif, pas un épicène.

L’importation

Les travaux de la commission de néologie (Yvette Roudy, ministre) à la fin des années 1980 seraient « un produit d’importation » et « une promesse faite au Canada ». Les féministes françaises ont toujours clamé haut et fort que le choix du masculin qui l’emporte était injuste. Madame de Sévigné n’était pas la première. D’où sort cette promesse faite au Canada ? En quoi une ministre de la République ferait-elle des promesses à un pays étranger ? Beaucoup d’affirmations péremptoires non étayées.

Les arguments

Les motifs exposent ensuite trois arguments :

  1. la langue française est sexiste et invisibilise les femmes
  2. le masculin générique exclut les femmes
  3. le français inclusif rend les femmes visibles.

J’ai simplement conjugué au présent les verbes initialement au conditionnel.

Ces trois arguments donnent lieu à quatre réponses déguisées en six.

La langue française n’est pas sexiste parce que le genre grammatical et le sexe biologique ne correspondent pas.

Ben si ! Dans leur grande majorité, le genre grammatical des mots désignant ou qualifiant des êtres humains correspond à leur sexe. Exemple : un mécanicien averti, une mécanicienne avertie ; une vendeuse avenante, un vendeur avenant ; une sénatrice grincheuse, un sénateur grincheux. Il existe de rares exceptions (une trentaine) de mots épicènes monogenrés : une recrue désigne aussi bien un homme qu’une femme ; un témoin, une victime, idem. Ce sont des exceptions.

 

Quant au masculin générique, il correspond au neutre.

Il n’existe pas de genre neutre en français. Il existe un genre masculin et un genre féminin pour ce qui concerne les êtres humains. Je ne nie pas l’existence de formes génériques ou non genrées pour d’autres sujets que les êtres humains : « il », « ça », « on ». Pas pour les êtres humains ! En latin, non plus, d’ailleurs, le neutre ne désignait pas d’êtres humains et était réservé aux objets, inanimés, etc. hormis le nourrisson et l’esclave. Je ne m’étends pas sur la place de ces deux catégories d’êtres humains dans la société de l’époque. Le masculin dit générique qui vaudrait neutre et inclurait les femmes est précisément une décision arbitraire et injuste du XVIIe siècle contre laquelle nombre de femmes (et certains hommes) luttent en France depuis.

 

La langue dite inclusive est une langue de la séparation (…) qui assigne chacun à résidence dans son sexe ; visibilité identitaire : tyrannie des identités.

Oui, je comprends qu’on puisse le voir ainsi. Quand le patriarcat s’impose en système aux dépens de la moitié de l’humanité (écarts de salaire, répartition des tâches domestiques, carrière, retraite, déni de justice, violences sexuelles et sexistes…), effectivement, nommer les femmes pour les rendre visibles pourrait consister à les séparer pour mieux les voir. Et le processus pourrait passer par une revendication identitaire pour faire bouger le système. Si vivre ensemble pour cette poignée de parlementaires, c’est maintenir la domination masculine, le français inclusif propose un autre vivre ensemble.

 

Processus d’américanisation de la France.

Les États-Unis n’étaient pas créés que les Françaises refusaient ce masculin qui l’emporte.

 

Point médian, rupture entre l’écrit et l’oral.

Le point médian ne rompt pas plus l’écrit et l’oral que le point bas qui suit M. et que l’on sait lire monsieur.

Conclusion

La proposition de loi termine en fanfare : « Si une circulaire du ministre de l’Éducation nationale proscrit l’utilisation de l’écriture inclusive, force est de constater que son usage ne cesse de se développer. » Yesss ! Et ça n’est pas fini !

Pour finir, la proposition préconise de rendre nul tout acte civil ou administratif avec un point médian.