⛔ INTERDIRE L’ÉCRITURE INCLUSIVE DANS LES ACTES ADMINISTRATIFS ET JURIDIQUES

Donc, des sĂ©nateurs et sĂ©natrices proposent une loi visant Ă  interdire l’écriture inclusive. Leur exposĂ© des motifs est disponible ici. Examinons-le ensemble mĂ©thodiquement.

EXPOSÉ DES MOTIFS

👉Les mĂ©thodes

Tout d’abord, l’exposĂ© des motifs dresse une liste de trois mĂ©thodes d’écriture inclusive : doublet, point mĂ©dian, Ă©picĂšne. À mon sens c’est un peu court, mais je ne me lancerai pas ici dans une tirade sur l’ampleur de la palette et la richesse de la langue française.

Les qualificatifs utilisĂ©s cherchent Ă  ridiculiser le procĂ©dĂ© et relĂšvent de la caricature. Ainsi la double flexion serait « un bĂ©gaiement inclusif ». De plus, l’exemple d’épicĂšne, « les gens », n’en est pas un. Un mot est Ă©picĂšne s’il garde la mĂȘme forme au masculin et au fĂ©minin. Les gens n’a pas un masculin et un fĂ©minin. À mon sens, c’est un collectif, pas un Ă©picĂšne.

👉L’importation

Les travaux de la commission de nĂ©ologie (Yvette Roudy, ministre) Ă  la fin des annĂ©es 1980 seraient « un produit d’importation » et « une promesse faite au Canada ». Les fĂ©ministes françaises ont toujours clamĂ© haut et fort que le choix du masculin qui l’emporte Ă©tait injuste. Madame de SĂ©vignĂ© n’était pas la premiĂšre. D’oĂč sort cette promesse faite au Canada ? En quoi une ministre de la RĂ©publique ferait-elle des promesses Ă  un pays Ă©tranger ? Beaucoup d’affirmations pĂ©remptoires non Ă©tayĂ©es.

👉Les arguments

Les motifs exposent ensuite trois arguments :

  1. la langue française est sexiste et invisibilise les femmes
  2. le masculin générique exclut les femmes
  3. le français inclusif rend les femmes visibles.

J’ai simplement conjuguĂ© au prĂ©sent les verbes initialement au conditionnel.

Ces trois arguments donnent lieu à quatre réponses déguisées en six.

👉La langue française n’est pas sexiste parce que le genre grammatical et le sexe biologique ne correspondent pas.

Ben si ! Dans leur grande majoritĂ©, le genre grammatical des mots dĂ©signant ou qualifiant des ĂȘtres humains correspond Ă  leur sexe. Exemple : un mĂ©canicien averti, une mĂ©canicienne avertie ; une vendeuse avenante, un vendeur avenant ; une sĂ©natrice grincheuse, un sĂ©nateur grincheux. Il existe de rares exceptions (une trentaine) de mots Ă©picĂšnes monogenrĂ©s : une recrue dĂ©signe aussi bien un homme qu’une femme ; un tĂ©moin, une victime, idem. Ce sont des exceptions.

 

👉Quant au masculin gĂ©nĂ©rique, il correspond au neutre.

Il n’existe pas de genre neutre en français. Il existe un genre masculin et un genre fĂ©minin pour ce qui concerne les ĂȘtres humains. Je ne nie pas l’existence de formes gĂ©nĂ©riques ou non genrĂ©es pour d’autres sujets que les ĂȘtres humains : « il », « ça », « on ». Pas pour les ĂȘtres humains ! En latin, non plus, d’ailleurs, le neutre ne dĂ©signait pas d’ĂȘtres humains et Ă©tait rĂ©servĂ© aux objets, inanimĂ©s, etc. hormis le nourrisson et l’esclave. Je ne m’étends pas sur la place de ces deux catĂ©gories d’ĂȘtres humains dans la sociĂ©tĂ© de l’époque. Le masculin dit gĂ©nĂ©rique qui vaudrait neutre et inclurait les femmes est prĂ©cisĂ©ment une dĂ©cision arbitraire et injuste du XVIIe siĂšcle contre laquelle nombre de femmes (et certains hommes) luttent en France depuis.

 

👉La langue dite inclusive est une langue de la sĂ©paration (
) qui assigne chacun Ă  rĂ©sidence dans son sexe ; visibilitĂ© identitaire : tyrannie des identitĂ©s.

Oui, je comprends qu’on puisse le voir ainsi. Quand le patriarcat s’impose en systĂšme aux dĂ©pens de la moitiĂ© de l’humanitĂ© (Ă©carts de salaire, rĂ©partition des tĂąches domestiques, carriĂšre, retraite, dĂ©ni de justice, violences sexuelles et sexistes
), effectivement, nommer les femmes pour les rendre visibles pourrait consister Ă  les sĂ©parer pour mieux les voir. Et le processus pourrait passer par une revendication identitaire pour faire bouger le systĂšme. Si vivre ensemble pour cette poignĂ©e de parlementaires, c’est maintenir la domination masculine, le français inclusif propose un autre vivre ensemble.

 

👉Processus d’amĂ©ricanisation de la France.

Les États-Unis n’étaient pas crĂ©Ă©s que les Françaises refusaient ce masculin qui l’emporte.

 

👉Point mĂ©dian, rupture entre l’écrit et l’oral.

Le point mĂ©dian ne rompt pas plus l’écrit et l’oral que le point bas qui suit M. et que l’on sait lire monsieur.

📚Conclusion

La proposition de loi termine en fanfare : « Si une circulaire du ministre de l’Éducation nationale proscrit l’utilisation de l’écriture inclusive, force est de constater que son usage ne cesse de se dĂ©velopper. » Yesss ! Et ça n’est pas fini !

Pour finir, la proposition préconise de rendre nul tout acte civil ou administratif avec un point médian.